Texte écrit & lu pour l'exposition Marée Métal de l'artiste et cinéaste Jacques Perconte au Lieu Unique (Nantes, FR) du 23 juin au 3 septembre 2023
→ Texte à lire et à écouter ICI
exposition Marée Métal © Jacques Perconte
[extrait]
Je vous souhaite de sillonner tous les paysages émotionnels avec de l’amour qui, comme un soleil en automne, réchauffera votre cœur
Je suis sûre que, comme moi, vous avez déjà traversé les doutes et les craintes comme l’on traverse des forêts inconnues, les tristesses comme des plages à marée basse, les colères et les angoisses comme des montagnes inatteignables et puis surtout les joies en mers agitées.
Et que, de nouveau, nous les traverserons encore.
J’ai vingt huit ans et j’ai compris que la chose la plus importante dans la vie, c’est la présence.
Être là et accueillir tout ce que la vie nous offre, se laisser parcourir par tous les événements, par toutes les émotions.
*
En Italie, en novembre
Un matin, je me suis levée avant l’aube pour avoir le bonheur d’observer les montagnes rougir
et le soleil, ballon jaune, rouler entre la cime des arbres.
Je suis sortie du sommeil, corps engourdi, alors que la nuit m’enveloppait encore.
Le jour se levait lui aussi au fur et à mesure que je marchais vers l’arrêt de bus situé au point le plus haut de la ville et aux pieds des montagnes.
J’ai toujours aimé cet état du monde,
cet entre deux, juste avant l’aube, juste après le crépuscule, comme si le jour et la nuit se tenaient la main.
Ce moment où les images des rêves s’évaporent.
Longtemps, j’ai été rassurée de voir que la lumière se lève quoi qu’il arrive.
Mon esprit d’enfant traversé par la peur déraisonnable d’une nuit éternelle.
Je me demande parfois pourquoi cette peur nous hante tant.
Ce jour-là, je suis seule dans le bus.
Les sièges sont bleus, ils ont l’effet du velours quand on les touche.
J’ai l’impression d’embarquer pour un voyage scolaire, je me dirige tout au fond, mais je ne vois aucun camarade.
Je m’installe côté vitre, c’est la place que je préfère. C’est pour voir, à travers la fenêtre épaisse, le dehors défiler, le paysage m’emporter dans ses formes et ses couleurs.
Parfois, il n’y a que l’orée de la forêt qui défile. Dans mes yeux les arbres qui se transforment avec la vitesse en camaïeu vert sapin, fougère, sauge, jaune paille, mars, miel.
Le bus file à toute allure, les routes s’enchaînent.
Nous prenons de la hauteur, les sommets blancs se rapprochent, j’ai hâte de découvrir le sentier auquel je pense depuis des jours.
Le bus me dépose au bord d’un village au cœur des Alpes, son dernier arrêt.
C’est le point de départ du chemin à parcourir pour atteindre le Lago della Vecchia (le Lac de la Vieille), d’où coule la rivière qui traverse la ville où j’ai dormi.
Je pars à la recherche de sa source, comme si son lieu de naissance allait me délivrer des secrets.
Je débute la marche avec le bruit de l’eau qui accompagne mes pas.
Vibration sonore que j’aime car elle nettoie l’esprit.
Et en attendant qu’elle fasse son œuvre, je marche sans plus penser.
J’avance sous le regard des vierges noires, petites statues déposées au creux des pierres.
Je glisse sur les feuilles mortes, nombreuses, et je pense que la descente sera beaucoup plus difficile.
Je laisse mon corps me porter moi et pas seulement ma tête.
Mon visage se détend.
Le soleil de novembre est plein, je n’ai pas de chapeau.
Je marche.
Je marche.
(...)