soma

texte écrit pour la voix off du film Soma, réalisé par Clémentine Schmidt et produit par ArtEra


[extrait]

Dans mon souvenir, les murs du couloir sont d’un vert-de-gris. Ceux de la chambre d’un jaune mimosa sans soleil. Les yeux de mon arrière-grand-mère sont clos mais je suis sûre qu’ils sont bleus, comme le ciel. Elle semble endormie. On m’a dit que je pouvais lui dire au revoir, on m’a dit que ce serait la dernière fois. À cet instant, je n’ai pas l’âge de reconnaître la mort qui berce le corps. Pour moi, l’hôpital c’est le lieu où l’on répare les vivants. Alors je glisse des mots tout en mouvement dans son oreille. Je n’ai pas prié. Je n’ai pas dit au revoir. Je n’ai pas compris. Et ses yeux sont restés fermés.

Des années plus tard et il m’arrive parfois de me demander si, elle existe encore sous une forme que je ne sais pas voir, si, son corps est déjà retourné à la terre, si, elle a souffert lorsqu’elle est partie, si, elle aurait préférée être chez elle, si, elle a entendu les mots que je lui ai soufflé et si, malgré cela, elle a senti l’amour que j’avais pour elle sans la connaître tout à fait. Je ne sais plus aujourd’hui si je crois aux fantômes. J’ai parfois l’impression qu’on m’invite à en devenir un bien avant la fin. Je suis ultra-connectée. Être ici et là, être-virtuelle, laisser le corps sur le canapé. Le journal Le Monde parle d’une épidémie de solitude qui se répand chez les jeunes. C’est vrai, que, parfois, plus je réponds aux messages, plus la solitude me frappe. Pourquoi, personne ne dit que derrière la solitude, il y a encore de la solitude ? Qu’il ne suffit pas de la nommer pour qu’elle cesse ? Le sentiment de solitude, c’est autre chose que la capacité à être en soi. C’est un ami de la tristesse. Et ça fait mal au corps autant que ça fait mal à la tête : ça fait mal tout court. On dit santé mentale pour la distinguer peut être d’une santé qui ne concernerait que le corps, la chair, les organes. Quand accepterons-nous qu’être au monde est un seul et même mouvement ?

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