juillet 2026

3 juillet 

dans les paroles des autres nous pré-existons, existons et continuerons d’exister sous cette forme immatérielle, la vibration d’un désir ou d’un souvenir.

8 juillet 

j’ai terminé la pellicule noir et blanc que j’avais mise dans mon Mamiya.

essentiellement des portraits : Romane, Amanda, Joseph. aussi, les courgettes du jardin qui poussent. et après, je ne sais plus. c’est toujours la même chose, le même sentiment enfantin de magie : (re)découvrir les images après le développement, s’étonner de l’écart existant entre une image mentale et ce qui s’est fixé sur la pellicule.

9 juillet 

je coupe une pastèque en deux, puis en quatre, puis en petits morceaux.

on nous vend (la société, les autres, nous-même parfois), de façon continue, des rêves de consommation — vêtements à la mode, voyages fréquents, possession de produits de qualité, décoration design, etc… — et si peu de rêves de liberté, je veux dire de temps libre, de rêves où la possession et la consommation ne sont pas en jeu.

depuis plusieurs semaines maintenant je n’écris plus vraiment. je prends des notes, je laisse mes pensées se dérouler, je lis, je ne regarde pas de film mais j’écoute de la musique. je me laisse bercer.

aujourd’hui l’envie d’écrire revient. elle trace son chemin depuis le sol, parcourt le corps. j’ai envie de prendre du temps pour ça : mettre des mots les uns derrières les autres pour un jour, sans prévenir, apercevoir une image et depuis cette image continuer pour ensuite ouvrir les yeux et lire une histoire.

là, je suis comme rouillée. j’écris des choses banales. ça ne fait rien. la pastèque est bonne.

12 juillet 

après le repas de famille, je me couche et sous la langue un bonbon goût tristesse. je suis partagée entre cette joie profonde de cuisiner pour les êtres que j’aime, les voir, en bonne santé, autour d’une table et la sensation de ne pas avoir été tout à fait là, d’avoir été spectatrice. je mâche mes pleurs avec cette impression d’avoir à peine participé aux conversations qui, et je ne sais pas comment c’est possible, se ressemblent et portent sur : les infos, les personnes absentes, le voisinage — toute la périphérie de nos vies, jamais sur nous.

16 juillet

vu le film The Chronology of Water, réalisé par Kristen Stewart. j'ai la sensation d’avoir traversé ce film, et pas seulement de l’avoir regardé et que tout du long j’ai été accompagnée par une détonation intérieure de sensations et d’émotions. se baigner dans les eaux troubles de la mémoire d’une femme blessée.

18 juillet 

que peut l’art dans la révolution ? est une question que je me pose et Louisa Yousfi, avec ce talent qu’elle a pour donner à ses pensées des formes claires, a dit :

“entre l’art et la politique il existe un problème insoluble. les deux choses n’ont rien à voir. L’art ne peut pas faire ce que la politique peut faire, et la politique ne peut pas faire ce que l’art fait. ces deux choses doivent être aux extrémités de la table de travail. ce qui se passe au milieu, la tension qui naît ainsi, inconfortable, insupportable, vouée à l’échec, c’est cela que l’on appelle le travail de l’artiste politique. c’est pourquoi l’artiste qui tient à demeurer en relation avec les luttes est condamné à une forme d’insatisfaction permanente. son oeuvre lui paraîtra toujours trop éloignée des urgences du monde pour satisfaire pleinement le militant qui est en lui tandis que les exigences du combat politique lui paraitront toujours trop étroites ou trop instrumentales pour satisfaire pleinement l’artiste qu’il est également. 

(…)

s’arracher les cheveux est précisément l’endroit de la tâche. 

(…)

la première vigilance de l’artiste devrait s’exercer contre lui-même, contre son propre désir d’en être des luttes. lorsqu’un écrivain s’obsède à trouver la forme politiquement juste, il devrait chercher à s’interroger sur ce qui motive cette quête : cherche-t-il réellement à approfondir ce qui le relie aux luttes de son temps ou cherche-t-il, plus secrètement, à s’en rendre quitte ? 

(…)

il ne s’agit donc pas que les artistes devraient se soumettre aux mot d’ordre du moment. mais s’ils doivent conserver une certaine distance ce n’est certainement pas parce que l’engagement serait, comme le prétend une vieille doxa libérale, le royaume du dogme, tandis que l’art serait celui d’une liberté pure miraculeusement préservé de toute contrainte. la distance dont l’artiste a besoin n’est pas celle qui le sépare du monde mais celle qui lui permet, paradoxalement encore, de continuer à se battre avec lui. c’est la que réside la seule liberté réelle des artistes en politique. non pas dans une oeuvre qui viendrait garantir leur autonomie une fois pour toute, ni dans un statut particulier qui les placeraient au-dessus de la mêlée, mais dans cette remise en mouvement permanente de leur forme, de leurs idées, de leur position au sein du monde auquel ils appartiennent. 

(…)

voilà notre tâche : rendre perceptible une puissance réelle que les vainqueurs sont incapables de voir, refuser de regarder le monde avec les yeux de ceux qui le domine.

les forces anti-fascistes et les forces de rupture ne revendiquent pas seulement des revendications adressées à l’avenir mais des manières de vivre, de sentir, de regarder et d’aimer qui existent déjà - de façon incomplète, menacée, fragile, précaire. 

c’est pourquoi, alors même que notre question était de savoir dans quel mesure l’artiste peut se faire militant, il faut peut-être retourner la proposition car un militant doit lui aussi pouvoir se faire voyant parce qu’il est quelqu’un qui a aperçu l’invisible, et qui s’est mis à l’aimer au point d’engager sa vie entière à tenter de lui donner corps. 

après tout, de quoi parlons-nous quand nous prononçons les mots d’égalité, de liberté ou de révolution ? qui peut prétendre avoir véritablement rencontré ces choses ? (…) nous passons pourtant nos existences à leur courir après, à nous organiser autour d’elles, à leur sacrifier du temps, du confort, des carrières, parfois davantage encore. Il faut bien appeler cela une vision, une confiance dans ce qui excède l’état présent du monde.”

23 juillet

il y a plus d’un an maintenant (peut-être deux ?), quand on vivait encore au Havre, on a pris la décision de devenir famille d’accueil.

je repense souvent à une phrase qui revenait quand on l’annonçait autour de nous. on nous disait : c’est difficile.

j’y repense.

je pense à cette difficulté qui nous attend sans être capable de la mesurer. oui, évidemment que ce sera difficile. mais est-ce qu’on choisi de faire les choses qui nous tiennent à cœur parce qu’elles seraient faciles ?

malgré tout nous avons quitté la réunion menée ce matin par la PMI et l’ASE avec la même conviction. c’est une grande aventure humaine qui nous attend, un bouleversement à venir, c’est passer de deux à trois, changer de rythme, mettre une autre personne (ni lui, ni moi, ni nous) au centre de notre relation et de notre vie. j’ai besoin de l’écrire pour essayer de rendre cette décision plus réelle, lui donner un peu plus de contours, dessiner un visage que je ne connais pas encore.

plusieurs fois dans ma vie d’adulte j’ai pensé à l’adoption, à la famille d’accueil. parfois même je me voyais seule avec un enfant. et ces images m’apaisaient. j’avais besoin de repousser les limites de la famille biologique, hétérosexuelle et nucléaire. je n’oppose rien car j’espère un jour pouvoir vivre cette expérience folle de porter et mettre au monde un nouvel être mais aujourd’hui, et je ne sais pas comment je le sais, au plus profond de mon cœur je sens que ma place est là.

28 juillet

cinq années et presque autant de vie quotidienne partagée avec Nicolas

étrange sensation que le temps passe à une vitesse folle et, exactement dans un sentiment parallèle, celui que l’on se connaît depuis un siècle.

dans la galerie marchande du Leclerc, on a fait planter le photomaton

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juin 2026